mercredi 1 avril 2015

Alzheimer?! Ça n'arrive qu'aux autres.



Aujourd'hui, j'oublie un peu mes artifices de beauté, et je parle sérieusement. Je veux dire, pas sans humour, ni vulgarité (quoi que ça va être un peu tendu pour l'humour là, non?!), pour te parler d'un sujet qui me fait du mal. Ouais, encore plus mal que ne pas pouvoir mettre la main sur un putain de rouge à lèvres en édition limitée, et encore plus mal que des hémorroïdes (tentative d'humour n°1. Ça passe?! Enfin avec les hémorroïdes ça a toujours du mal à passer alors bon...rooooh...)


J'ai tourné et retourné ce sujet dans ma tête des centaines de fois avant de me décider: en parler sur mon blog? Ou ne pas en parler?
Parce que je fais partie de ces personnes qui ne montrent pas leur gueule sur le net, mais qui peuvent aborder des sujets personnels tout en essayant de s'assurer un maximum d'anonymat.
Ouais, je vous avais dit que je perdais mes cheveux, et que ma gueule faisait partie de la team rosacée, non sans lâcher quelques grosses larmes. Aujourd'hui je vais vous parler de ma mamie. Et ce ne sera pas sans larmes non plus.


Je pense faire ça de manière chronologique, et si ça vous paraît un peu froid comme introduction, c'est juste que la suite sera personnelle, voire intime, et que je ne sais pas si j'accepte réellement de dévoiler certains détails qui ne concernent pas seulement mon ressenti mais aussi l'évolution de la maladie chez une personne qui n'a rien demandé.




source can stock photo .fr



Ma mamie, elle s'est bien occupée de moi. A chaque fois que je me suis retrouvée avec elle, et mon papi (oui, je ne dirai pas "grand mère" et "grand père", pour moi c'est papi et mamie), c'était...comment vous résumer ça...avec du recul, je vois ça comme une bienveillance sans limite, parfaitement bien orchestrée et ultra bénéfique pour mon éducation.
Pas très attendrissant vous me direz? Mais même si ma mamie et moi on  a jamais été comme les deux doigts de la main, à vivre une relation fusionnelle comme certaines personnes peuvent l'expérimenter, je l'aime ma mamie. Elle est super.


Dans la famille, on commençait à se rendre compte, il y a quelques années de ça, qu'elle commençait à sérieusement radoter, ou à "perdre la tête".
Sur le coup, tu te dis, c'est l'âge, c'est normal.
Ses anecdotes on les connaissait par cœur, et on rigolait de la voir les répéter trois fois en deux heures.


Le jour où j'ai pris une grosse claque dans la gueule, la première, c'est lorsque, étant à quelques centaines de km, j'ai passé un coup de fil pour leur souhaiter "bonne année".
Au milieu de la conversation, elle s'est mise à me vouvoyer, elle ne savait plus à qui elle parlait. Elle ne me reconnaissait plus. Quand j'ai raccroché, je me suis sentie désemparée comme jamais. Là, je savais qu'on venait de franchir un point de non retour, et ça m'a déchirée en deux.


C'était il y  a quatre ou cinq ans. Et pendant les années qui ont suivi cette première claque, je m'en suis pris d'autres. pas autant que ceux qui la voyaient au quotidien tout de même. Parce que finalement, la dégradation, on me l'a rapportée, je ne l'ai que très peu vue de mes propres yeux.


Je vous avoue que je suis restée un long moment avec le curseur clignotant au début de cette ligne, ne sachant pas si j'avais le droit de révéler certains détails qui témoignent de l'évolution de la maladie, mais pour ceux qui viendraient lire ces quelques mots, qu'ils connaissent les effets de cette saloperie, ou qu'ils ne les connaissent pas, je me sens un peu obligée d'y aller franchement, de vider mon sac. Parce que oui, c'est aussi, et surtout de ça qu'il s'agit, j'ai besoin de mettre tout ça par écrit, parce que finalement, je n'en parle pas, je garde tout ça pour moi, je le rumine, me forçant presque, des fois, à me matraquer le cerveau avec ces pensées juste pour fondre en larmes, juste parce que c'est tout ce que je peux faire, et que finalement c'est une souffrance bien moindre comparé à ce que ma mamie peut vivre. Surtout qu'elle ne s'en rend pas compte...


Elle a affirmé ne jamais avoir fait ci ou ça, alors que c'est un truc qu'elle a fait des dizaines de fois dans sa vie. Au début, elle l'affirmait même d'une manière agressive. Maintenant elle murmure juste "non" ou "je ne sais pas", ou "mhmm"
Elle se levait à deux heures du mat pour commencer sa journée, elle ne dormait pas, elle prenait ses repas à des heures pas possibles, pour finir par aller au lit à 17h. Elle ne se lavait plus. Elle mettait trois paires de pantalons en même temps, et quatre pulls. A une époque, je l'aurais entendue me dire "on dirait un épouvantail!" si c'est moi qui m'étais pointée habillée comme ça. Comme j'aimerais l'entendre me sortir ça..
Elle sortait se ballader dans le village en pleine nuit. Elle a perdu les clés de la maison plusieurs fois, quelque part, dans le village...Et mon papi, il n'en pouvait plus, il n'arrivait plus à la "gérer", il pétait un câble..


Pourquoi je parle de tout ça au passé? Parce que depuis février, ma mamie, elle est en maison de retraite, dans la partie sécurisée. Ben ouais, parce qu'elle a voulu s'échapper, elle voulait pas rester, elle voulait rentrer avec toutes les personnes qui lui rendaient visite.
C'est pour ça que dans un souci d'adaptation de sa part, on m'a conseillé de ne pas aller lui rendre visite trop tôt.
Puis d'y aller tant qu'elle était encore capable de me reconnaître.
Pas pour elle, parce qu'elle oublie avoir vu telle ou telle personne de toute façon...mais pour moi, parce que bientôt, ma mamie, elle sera là, mais elle ne sera plus là, vous voyez...


Ce week end, je suis allée la voir. Pour la première fois.
Entre temps on m'avait rapporté d'autres détails sur l'évolution de la maladie.
Le nuit, dans les couloirs de la maison de retraite, ma mamie, elle se baladait à poil, en se faisant dessus. Croyez moi, d'habitude, j'aurais sorti une blague pourrie pour faire passer ça plus facilement, mais j'en suis complètement incapable.
Elle allait prendre des objets dans les chambres des autres qu'on retrouvait dans sa chambre, détruits, déchirés, ou que sais je encore..
Je ne savais pas à quoi m'attendre en allant la voir. J'appréhendais..J'étais persuadée que j'allais fondre en larmes, surtout que mes hormones de femme enceinte ne sont pas tendres avec mes émotions.


Je n'étais pas seule, j'étais avec ma mère. Elle y va plusieurs fois par semaine, elle connait les lieux, elle sait comment faire, elle arrive à décrypter certaines variations de son comportement ou certains silences.
C'est pour ça qu'elle a pu me dire "qu'elle avait fait semblant" quand en arrivant, ma mamie a dit qu'elle ne me reconnaissait pas quand ma mère lui a demandé, en lui disant bonjour, si elle savait qui j'étais. C'est qu'elle a encore de l'humour faut croire! Faire semblant de pas me reconnaître alors qu'elle souffre d’Alzheimer. Même moi j'aurais pas osé la faire celle là.


J'ai passé la majeure partie du moment qu'on a passé là bas à la regarder dans les yeux, en souriant. Elle sourit beaucoup. Elle ne parle pas.
Là tu donnerais n'importe quoi pour l'entendre te répéter la même anecdote trois fois en deux heures.


J'ai commencé à avoir les larmes aux yeux quand, regardant autour de moi, la tristesse du lieu et de ses autres pensionnaires m'a explosé en pleine gueule. Et savoir que ma mamie elle vit là, qu'elle va s'y éteindre, lentement, sans qu'on ne puisse rien y faire, ça m'anéantit.


Ça m'a fait repenser à un déclic que j'avais eu quelques jours plus tôt. Alors qu'on était avec l'Homme en train de se taper deux ou trois épisodes de Sons Of Anarchy, un épisode de la saison 3 m'a fait un effet qu'on ne s'attend pas à ressentir devant SAMCRO. Gemma, prend la décision de mettre son père en maison de retraite, et lorsque je l'ai vu, errer dans la salle commune, le soir de son arrivée, j'ai regardé l'Homme, qui m'a regardée au même moment, sentant que ça allait "me parler", j'ai retourné la tête vers l'écran et j'ai éclaté en sanglots. Un flot de larmes, bruyant et tremblant, comme je n'en avais pas évacué depuis très longtemps, parce que ça m'avait fait réaliser ce que je n'avais pas encore intégré: ma mamie, Alzheimer, la maison de retraite, et pas d'autre solution de que la mettre là jusqu'à ce qu'elle meure sans qu'elle ne se rende compte de son état, et qu'on ne puisse rien faire d'autre sinon pleurer en la regardant disparaître, petit à petit.


Parce que finalement, cette belle merde qu'est Alzheimer, c'est ça, on sait que ça existe, mais on ne sait pas quand ça nous arrive.
Il y a quelques années, quand elle commençait à peine à montrer les premiers symptômes et qu'elle parlait encore, si j'avais dit à ma mamie qu'elle avait Alzheimer, je suis sûre qu'elle aurait pu me dire "Alzheimer?! Ça n'arrive qu'aux autres."





8 commentaires:

  1. J'ai lu jusqu'au bout, tu m'as faite pleurer :( Je suis franchement dsl pour toi et surtout pour ce que vie ta mamie :(

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  2. J'ai lu jusqu'au bout, tu m'as faite pleurer :( Je suis franchement dsl pour toi et surtout pour ce que vie ta mamie :(

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    1. Décidément, j'ai fait pleurer beaucoup trop de gens avec ces quelques lignes, tu m'en vois désolée :/ En tout cas merci pour ton petit mot, ça fait toujours du bien :)

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  3. J'ai de la peine pour toi.
    Je compte, j'ai perdu ma Manoue de cette maladie.
    Je suis infirmière en rééducation gériatrique, j'ai des patients qui ont cette saleté de maladie. Mais ils ne restent pas jusqu'au bout chez nous, on est de la rééducation, ils retournent à la maison, en maison de retraite, etc.
    C'est dur de voir un mari se fait "agresser" par son épouse malade, un papa ne reconnaissant plus ses enfants...
    Je partage ta tristesse, ton texte m'a beaucoup touché.
    Courage. Pense à ta mamie comme elle l'a été, car au fond, bien caché par la maladie, elle y est toujours.

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    1. Tu dois en voir de tristes choses avec ton boulot tout de même, ça doit pas être évident tous les jours. Surtout si tu as toi aussi perdu quelqu'un qui avait cette saloperie.
      Mais c'est ce que je me dis aussi, qu'elle est toujours là, au fond, quelque part. Et même si Alzheimer finira par la faire complètement disparaître autant physiquement que mentalement, j'essaierai de toujours me souvenir de ce qu'elle est au fond, et de ce qu'elle a été.
      Merci pour ton petit mot ;)

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  4. je suis touchée. difficile pour moi qui aime tant dire et rabacher que je suis sans filtre, sans premier degré, que je peux déconner de tout. forcément là ça m'a pas fait rire. mon arrière-grand-mère est partie à 96 ans avec un alzheimer...Ca met longtemps à se développer cette saloperie et puis un jour c'est la grosse pente descendante... je le sais bien. Elle aussi a radoté durant plusieurs années et puis quand son gendre, mon grand pere, a eu un cancer, qu'on en a chié au taquet, surtout ma pauvre grand mere qui avait les deux "sur les bras" faut bien le dire, son alzheimer a dégénéré....A tel point que lorsque pépé est parti, a son enterrement, elle comprenait pas pourquoi on etait tous là (on vivait à 350km) alors mémé lui a dit "bin m'man, tu sais bien, P... est mort!" mon arrière grand mère a fait "ho ma pauvre!" en prenant sa fille dans ses bras et...5 minutes après elle a reposé la meme question... :( quand son propre fils est mort le mois suivant (oui on a eu une bonne année 2006 :'( )elle n'a même pas compris, personne n'a eu le coeur a lui faire comprendre c'etait pas utile, car de toutes façons c'etait oublié dans les 5 minutes. et elle est partie elle -même deux mois après....(vraiment belle année 2006...)
    aujourd'hui, ma mémé qui est donc seule depuis 9 ans et qui vit bien ma foi, a 75 ans et commence à radoter sévère...et nous on commence à s' inquieter.
    Tout ça pour te dire assez maladroitement que je sais ce que c'est, que je partage ta peine, que je suis très sensible à ton désarroi face à cette situation et à cette si triste réalité.
    Je te fais un énorme bisou et calin de réconfort à distance j'ai envie de te dire de penser à ton petit loulou (ou louloute?!) qui se trouve dans ton ventre et qui n'a certainement pas envie que sa jolie maman soit triste, tu verras, quand tu auras ce petit bout entre les mains, je vais faire "celle qui sait" comme toutes les connasses qu'ont déjà eu des momes, bin ça te semblera moins dur tout ça, tu auras l'avenir entre tes mains, et c'est juste fabuleux! ;-) <3
    Gros bisous ma petite tomate pelée (rosacée, alopécie...tentative d'humour et de second degré...ca passe?! non?!! hey c'est bon moi aussi j'ai ce genre de trucs (version moins hardcore pour les cheveux mais je les perd beaucoup aussi!!) bon j'men vais mettre mes blagues dans mon cul!) (et j'ai des hemorroides aussi, je suis du club!)
    bisous ma belle! <3

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    1. T'as réussi à me faire pleurer et rire dans le même commentaire. Bravo. On me l'avait jamais faite celle là!! :D
      Et c'était pas maladroit ta façon de partager ma peine, bien au contraire. Et j'aurais pas pu mieux faire, parce que dans ces cas là je ne sais pas comment exprimer ça (sérieusement hein, pas comme la garce que je sais être des fois :D ) en étant "juste", sans trop en dire, sans remuer le couteau...tu vois quoi!
      En tout cas (là c'est pour la partie où j'ai chialé), ouais, ton année 2006 a du te foutre un sacré coup, à toi et à ta famille.. J'espère que ta mémé qui radote se contentera de radoter parce que ça commence comme ça, et après, comme tu dis, c'est la grosse pente descendante, et y'a aucun moyen de freiner. Alors je croise les doigts, parce que franchement, entendre quelqu'un radoter, putain que c'est bon finalement!! :)
      Et pour la partie où j'me suis fendu la gueule...oh le coup de la tomate pelée sérieux..tu m'as tuée :D :D Trop bien trouvé. Et t'as réussi à faire ce que j'ai pas eu le courage de faire: clore un truc larmoyant par une bonne note d'humour bien gras, et pour ça, merci :)
      Alors gros bisous, et mets pas tes blagues dans ton cul, ça va faire mal quand ça va sortir....(les hémorroïdes hein..le seul truc qui te permette de dire "j'ai le feu au cul" sans être une grosse chaudasse :D )

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  5. je suis ravie si j'ai atteint mon but alors! :') j'ai réussi a mettre de l'humour parce que 9 ans se sont écoulés ;-) pas sure qu'en etant en plein dedans j'aurai su, alors quand tu parles de courage, toi qui est enceinte et "en plein dedans" je te trouve bien placée coté podium <3 (ca c'etait pour la note tendresse-cucul-la-praline :p)
    mille bisous ma petite tomate pelée (là t'es foutue c'est partie pour la vie! :D)(j'ai des tendance bien lourdes en plus :p)

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